Anonyme [1651], VERITABLES RAISONS DE L’VNION DV PARLEMENT DE BOVRDEAVX, AVEC MONSIEVR LE PRINCE. Adressées au Roy. , françaisRéférence RIM : M0_3977. Cote locale : C_11_19.
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VERITABLES RAISONS
DE
L’VNION
DV
PARLEMENT
DE
BOVRDEAVX,
AVEC MONSIEVR
LE PRINCE.

Adressées au Roy.

A BOVRDEAVX,
Par GVILLAVME DE LA COVRT, Imprimeur
ordinaire du Roy, & de son Altesse.

M. DC. LI.

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VERITABLES RAISONS
DE L’VNION du PARLEMENT de
Bourdeaux, Auec Monsieur
le Prince.

ADRESSÉES AV ROY.

SIRE,

NOVS ne doutons pas que nos Ennemis
n’ayent donné à Vostre Majesté de mauuaises

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impressions de ce qui s’est passé à l’arriuée
de Monsieur le Prince de Condé dans vostre
Prouince de Guyenne : Ce qui nous oblige
aujourd’huy de luy rendre raison de la sincerité
de nos intentions, & de ce que nous auons
creu deuoir faire dans cette occasion pour
son seruice. Nous auons veu entrer ce Prince
dans vostre ville de Bordeaux, pour y treuuer sa
seureté & demander par nostre moyen le secours
de vostre Iustice, contre l’injustice de ses
Ennemis. Il nous a representé que depuis que
la bonté de Vostre Majesté luy auoit rendu la
liberté, il auoit trauaillé incessamment, afin de
pouuoir rendre librement ses respects à vostre
Personne, & ses seruices à vostre Estat ; mais
que la malice de ses Persecuteurs auoit tousjours
rendu inutiles les desseins de son affection
& de son obeïssance, donnant à Vostre
Majesté de mauuaises impressions de sa conduitte.
Qu’on auoit à la verité osté du Conseil
les personnes qui luy estoient suspectes,
mais que du depuis on a mis d’autres Ministres
à leur place, dont il a encor de plus
grands sujets de deffiances. Qu’il est visible par
les calomnies qu’on a semées contre luy, &
par la conduitte qu’on a tenuë dans sa iustification,

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que ses Ennemis auoient formé de
nouueaux desseins contre sa personne, &
qu’ils vouloient attenter vne seconde fois sur
sa liberté : Qu’ainsi il auoit esté obligé de
pouruoir à sa seureté par vne prompte retraite,
& de venir chercher dans cette Prouince (dont
Vostre Majesté luy auoit donné le gouuernement)
vn azyle à son Innocence. Et parce
qu’il estoit bien informé que les Ennemis de
sa personne, le sont encor de cette Prouince,
& qu’ils ont aussi bien de mauuais desseins
contre elle que contre luy ; il a prié la Compagnie
de vouloir vnir ses sentimens & ses
interests auec les siens, pour nostre commune
defence. Surquoy vostre Cour de Parlement,
interpretant les sentimens de vostre
Iustice, a creu deuoir accorder à ce Prince
l’Vnion qu’il a demandée, & soubs le bon
plaisir de Vostre Majesté, Ordonner que ses
interests seront joints inseparablement auec
les nostres, esperant que Vostre Majesté approuuera
nos resolutions, & qu’elle fera reflexion
sur les raisons que nous auons euës.

 

1. NOVS auons consideré en premier lieu
la personne de Monsieur le Prince, qui est
chere à Vostre Majesté, & qui doit estre precieuse

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à toute la France. L’honneur que sa
Naissance luy donne d’estre le premier Prince
du Sang ; Les eminentes qualitez qui le
rendent aussi recommandable dans la Paix,
qu’il est redoutable dans la Guerre : & ses
illustres & importantes victoires, qui non
seulement ont porté bien loin la gloire de
cét Estat, mais qui l’ont encor r’afermy dans
les plus grands dangers de sa ruïne, meritent
iustement que tout le monde s’interesse dans
la conseruation de la gloire qu’il a acquise
par ses Vertus, & de la liberté que Vostre
Majesté luy a donnée. Il est certainement
bien estrange, qu’vn des plus grands Princes
du monde, qui a procuré par ses Victoires la
seureté de l’Estat, ne la treuue pas pour soy-mesme :
qu’il soit contraint de se bannir de
la Cour, pour venir chercher dans vne Prouince
esloignée, vn azyle à sa fortune ; & que
tandis que toute l’Europe publie les loüanges
de sa vertu, il soit contraint de la deffendre.
Nous auons non seulement par vn sentiment
de compassion, que la Nature inspire à tous
les hommes pour les grandes Vertus affligées,
mais encore par vne juste reconnoissance que
tous les bons François doiuent à sa valeur, de

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prendre part à ses interests, & que la Iustice
de Vostre Majesté ne sçauroit estre mieux employée
qu’à deffendre dans ce Prince innocent
vn Sang qui est si proche du vostre, &
qu’il a si souuent employé pour la deffense
de vostre Couronne. Outre que là faueur que
Vostre Majesté a faite à cette Prouince, luy
donnant Monsieur le Prince pour Gouuerneur,
nous donne de particulieres obligations
de nous attacher à ses interests, quand ils ne
choquent pas les vostres. Il est venu, SIRF,
auec cét auguste caractere de vostre Authorité,
qui nous le rend venerable, tout persecuté
qu’il est : Il a paru sur nostre Port, comme
vn Astre fauorable pour calmer toutes
nos tempestes : il s’est presenté à nos yeux
apres que nos cœurs l’ont eu long-temps souhaitté.
Faut-il s’estonner apres cela, si nous
l’auons receu auec amour & respect, & si
sa presence a acheué cette importante liaison,
que sa reputation & nos desirs auoient desia
commancée.

 

2. Et ce d’autant plus raisonnablement
que nous vnissans aux interests de Monsieur
le Prince, nous auons estimé à mesme temps
nous vnir aux interest ; de Vostre Majesté,

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& à ceux de toute la France qui sont meslez
auec les siens. C’est auec vne extreme douleur,
& auec vn danger encor plus extreme,
qu’on separe les parties du corps humain, que la
nature auoit jointes, lors principalement que cette
diuision se fait dans celles où resident les principes
de la vie. Et nous ne doutons pas. SIRE, que
vostre Majesté ne ressente viuement la diuision
que les Ennemis de l’Estat causent dans la maison
Royale, & de voir qu’vn Prince si proche de
vostre Sang, soit si éloigné de vostre personne.
Ce qui doit estre d’autant plus sensible à vostre
bonté, qu’elle voit bien que les playes de vostre
Maison, sont des blesseures publiques de vostre
Royaume. La France est inuincible sous vn grand
Roy tel que vostre Majesté a la gloire d’estre, si ses
Princes sont bien vnis, & s’il a (pour ainsi dire)
tout son sang ramassé : Mais si la diuision separe
les parties nobles de cét auguste Corps, c’est sans
doute vne maladie d’Estat la plus dangereuse à
cette Monarchie, que ses Ennemis luy puissent
souhaitter. C’a esté, SIRE, pour essayer de guerir
ou de preuenir ce mal, que nous auons pris ce
remede, & nous auons consenty à l’Vnion auec
Monsieur le Prince, pour trouuer le moyen de le

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reünir auec V. Majesté, & luy rendre cette partie
de son sang qui estoit separée de l’autre. Que si on
blasme nostre zele de s’estre vn peu trop hasté
sans attendre les Ordres de V. Majesté, on peut
iuger par la grandeur du mal, la necessité qu’il y
auoit d’vn prompt remede : Il estoit par trop
puissant pour en differer la guerison, & nous
auons estimé deuoir y employer soudain ces remedes
plus doux auant que la necessité en demandast
de plus extremes. Ce n’est pas que nous
doutions de l’amour & du respect que ce Prince a
pour Vostre Majesté, & du zele qu’il a tousiours
témoigné pour vostre Estat, dont il nous a renouuellé
solemnellement les asseurances ; Mais
l’experience des siecles passez donne cette instruction
au nostre, qu’il est tousiours bien dangereux
de porter à l’extremité vn grand Prince,
quand il est genereux. Que s’il plaist à V. Majesté
de considerer que nostre dessein dans cette Vnion,
n’a esté que pour attacher plus fortement M. le
Prince à son seruice, en vn temps où elle a plus
de besoin de sa prudence dans les Conseils, & de
son courage dans les Armées, pour rendre parce
moyen les premieres années de Vostre Majesté
plus glorieuses & plus triomphantes, elle reconnoistra
enfin que nous auons contribué à sa gloire,

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quand nous auons consenti à cette Vnion.

 

3. Et ce n’a pas esté sur des faux ombrages que
nous auons fondé ce sentiment, comme ce n’a
esté que sur de tres-iustes fondemens que M. le
Prince a establi ses deffiances. Il nous a propose les
raisons qui ont tendu ses soupçons legitimes, &
nous a fait voir clairement les mauuais desseins
que ses ennemis auoient formé contre sa personne,
& contre le bien de l’Estat. En effet, on a pris
deux moyens pour calmer ses premieres deffiances ;
mais qui les ont du depuis augmentées, bien
loin de les effacer. On a premierement osté du
Conseil quelques personnes qui luy estoient suspectes,
à cause des secrettes intelligences qu’elles ont
auec le Cardinal Mazarin, qui n’est sorty de la
France que parce que ce Prince est sorty de prison :
mais ç’a esté pour mettre en leur place des
Ministres qui luy sont encor plus suspects, sans en
communiquer à Monsieur le Duc d’Orleans, à
qui on deuoit en donner la connoissance. En
deuxiesme lieu, on a fait expedier vne Declaration
aduantageuse à son innocence, pour le justifier
des horribles calomnies qu’on auoit semées
contre luy ; mais on en a differé la publication
iusques à vostre Majorité, pour faire d’vn moyen
de sa justification, vn piege pour le sur prendre : afin

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que s’il se fioit à ces apparances, & s’il se rendoit à
la Cour, on peust executer le dessein formé contre
sa liberté ; où s’il conceuoit quelque deffiance
de cette conduite, l’obliger à se retirer & prendre
ainsi de son éloignement l’occasion de blasmer
ses intentions, d’acheuer l’establissement de
ce nouueau Ministre, & l’establissement du Ministere,
& le restablissement du Cardinal. On ne
doit pas s’étonner apres cela si Monsieur le Prince
a pris des ombrages qu’on semble luy auoir donné
à dessein, & si nous auons adjousté quelque
creance au rapport qu’il nous en a fait : il faudra
s’estonner plustost, si toute la France n’entre pas
dans ces mesmes soupçons & dans nostre creance.
Certes il suffiroit de dire que ce Prince qui n’a
iamais apprehendé aucun danger, a eu de la crainte
pour celuy-cy afin de iuger qu’il estoit à craindre,
il est assez éclairé pour ne se laisser pas tromper
par de faux soupçons ; & il est trop genereux
pour craindre des perils imaginaires : Mais apres
que Monsieur le Duc d’Orleans, à qui Monsieur
le Prince auoit confié ses defiances aussi bien que
ses interests, a iugé qu’il auoit raison, & qu’il ne
pouuoit pouruoir à sa seureté que par vne retraite ;
apres que le Parlement de Paris a declaré ses

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soupçons legitimes par les Remonstrances qu’il a
faites à Vostre Majesté pour la prier de les vouloit
effacer, on ne doit pas trouuer mauuais que nous
ayons suiui ces lumieres les plus pures & les plus
interessées au bien de l’Estat, & que nous ayons
part dans les interests de ce Prince, que les premiers
Oracles de vostre Iustice ont iugé digne de
leur protection.

 

Mais, Sire, ce n’a pas esté seulement pour la
consideration de Monsieur le Prince, que nous
auons pris cette resolution, nous auons encor
estimé que les interests de cette Prouince demandoient
de nous cette Vnion, pour la garentir
par ce moyeu des dangers dont elle estoit menacée.
Bien que la bonté de Vostre Majesté eut
soulagé les maux que nous auions soufferts, par la
Paix qu’elle nous auoit donnée, ils ont neantmoins
esté si grands, que comme nos playes ne
sont pas encor bien fermées, nous sommes sensibles
à tous les accidens qui les retouchent ; Nostre
douleur nous rend timides, les moindres allarmes
nous font peur. Mais ce ne sont pas des
vaines apprehensions que nous donne la memoire
de nos malheurs passez, qui est encore toute
fraische : les grandes menaces qu’on a fait à

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cette Prouince, les mauuais traitemens que nos
Deputez ont receus, quand ils ont esté congediez
de la Cour, les aduis que nous auons receus
des desseins qu’on formoit à nostre ruine, nous
ont esté de suffisantes preuues du danger qui
nous menaçoit, & de la necessité que nous auions
de nous vnir auec ce Prince, pour treuuer nostre
seureté dans la sienne. Il est visible, que les interests
de cette Prouince estoient vnis auec les siens
par la suite des affaires passées, auant mesme que
nous les eussions ioints par nostre Arrest. Toute
la France a peu voir dans la Declaration publiée
au sujet de son emprisonnement, qu’vne des raisons
qui l’auoient rendu coupable, auoit esté qu’il
âymoit cette Prouince, & qu’il auoit perdu sa liberté,
pour auoit procuré la nostre : mais tout le
monde aussi a peu apprendre dans nos derniers
mouuemens, que nostre mal-heur a esté l’amour
que nous auons pour luy, & qu’on nous a
traittez comme de Rebelles, pour auoir demandé
sa deliurance. Nous auons eu les mesmes ennemis
que luy, & le mesme esprit qui en veut à sa
liberté, en veut aussi à la nostre, & employe ce
qui luy reste de feu, pour r’allumer icy les flammes
que Vostre Majesté auoit si sagement & si

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heureusement éteintes. Ainsi on ne doit pas trouuer
mauuais, si dans vne commune necessité,
nous auons vny nos interests pour nostre commune
deffence, afin de conseruer par ce moyen vn
grand Prince à la maison Royale, & vne Prouince
importante à Vostre Majesté.

 

Nous protestons cependant que la seule defence
dont nous voulons nous seruir, sont nos
respects, nos soumissions, & les tres-humbles
prieres que nous adressons conioinctement à
V. Maiesté. Nous luy parlons pour vn Prince pour
lequel toute l’Europe a parlé, & dont les ennemis
mesmes qu’il a vaincus, plaident auiourd’huy
la cause, par les loüanges qu’ils donnent à sa Vertu :
& si nos voix ne sont pas assez fortes, nous
employerons les seruices qu’il a rendu à Vostre
Majesté & ceux qu’il souhaite de luy rendre ; &
nous ferons parler pour luy les playes qu’il a receuës
pour elle. Enfin nous adjousterons aux
Remonstrances de vostre Parlement, les larmes
de cette Prouince affligée, pour supplier tres-humblement
vostre Majesté d’agréer l’Vnion que nous
auons faite, & de vouloir en suitte pouruoir à la
seureté de Monsieur le Prince, en luy ostant les
causes de ses iustes deffiances, afin qu’il puisse

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employer desormais sa fidelité & son courage,
pour le seruice de Vostre Majesté pour le bien de
son Estat, & pour le soulagement de cette Prouince.

 

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