Bourbon-Condé, Anne Geneviève de (duchesse de Longueville) [?] [1650 [?]], APOLOGIE POVR MESSIEVRS LES PRINCES, ENVOYEE PAR MADAME DE LONGVEVILLE A MESSIEVRS DV PARLEMENT DE PARIS. , françaisRéférence RIM : M0_126. Cote locale : B_6_48.
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le Comte d’Alais, parce qu’il auoit mieux aymé Monsieur de Ioyeuse pour
son gendre, que le petit fils du courrier Baptista Mancini, nepueu du Cardinal
Mazarin : & qu’ainsi il ne seroit pas marry de voir ce Prince souffrir
long-temps ; Conclut sagement qu’il falloit aller à la source de ce mal, &
qu’on n’y pouuoit remedier sans en coupper la racine, plusieurs raisons
l’obligerent d’en vser ainsi. Il estoit honteux que tout le Royaume venant
d’estre pacifié, vne seule ville, que l’on vouloit satisfaire, demeurast encore
les armes à la main, cela pouuoit decrediter nos affaires chez les estrangers,
les affoiblir au dedans, & donner à nos Alliez vne mauuaise opinion
de nos forces. D’ailleurs il estoit tres-facile de reduire dans l’obeïssance la
ville d’Aix qui n’estoit pas pour tirer la guerre en longueur, ni pour produire
de mauuaises suites, cette ville estoit foible de scituation. Les Romains,
à ce que i’ay apris l’ayant seulement bastie pour leurs delices, &
pour la commodité de leurs Bains, elle n’auoit point d’autres fortifications
que ses antiques murailles, elle estoit destituée d’vn Chef considerable :
elle ne pouuoit esperer aucun secours. Arles demeuroit paisible, Marseille
& Thoulon s’estoient declarées pour la Cour, le reste de la Prouince vouloit
le repos, Monsieur le Comte d’Alais auoit de vieilles troupes, Monsieur
mon frere luy en enuoyoit encores qu’il auoit leuées de son argent,
de peur d’affoiblir l’Armée qu’on deuoit opposer à celle de Flandres : ainsi
il estoit aisé d’acheuer heureusement la guerre en fort peu de temps, auec
peu de peine, & sans beaucoup de depense. C’est pourquoy Monsieur le
Prince s’estant opiniastré à faire embrasser vn party qui estoit indubitable,
l’entreprise reüssit comme il l’auoit projetté, les choses s’accommoderent,
la Ville & le Parlement d’Aix se remirent en vne bonne assiette. Au lieu
que si l’on eust crû le Cardinal Mazarin, tout seroit encore tumultueux en
Prouence, les accidens ordinaires de la fortune y auroient peut-estre aigry
les affaires, peut-estre d’inopinez succez les auroient desesperez. Et toutesfois
MESSIEVRS, ne croyez pas que Monsieur le Comte d’Alais se
soit vangé en aucune sorte. Tous les sujets de déplaisir & de deffiance ont
esté effacez des esprits : la liaison s’y est establie paisible & entiere, & ç’a
esté auec vne telle satisfaction du Parlement d’Aix, pour Monsieur le
Prince, qu’apres auoir fait poser les armes, cette Compagnie a publié
tout haut, qu’elle tient son repos de luy, & que ses Deputez que le Cardinal
Mazarin dit faussement qu’il a menassez d’vn indigne traittement, sont
venus luy en rendre graces.

 

L’affaire de Bourdeaux est bien d’vne autre nature, dés les premieres
broüilleries qui y arriuerent entre le Gouuerneur & le Parlement, Monsieur
d’Espernon, comme c’est l’ordinaire de ceux qui ne sont point accoustumez
à trouuer rien qui leur resiste, fondé sur quantité de creatures qu’il
auoit dans la Guyenne, & sur la vieille domination de sa Maison, qui estoit
quasi passée en Souueraineté dans cette Prouince, escriuit à la Cour qu’il



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