Anonyme [1649], LETTRE D’VN GENTILHOMME ROMAIN A VN FRANÇOIS. Contenant les discours que tiennent les Politiques estrangers du gouuernement de la France; & comme ils connoissent que ses afflictions ne prouiennent que des trahisons de ses Ministres. Nouuellement & fidellement traduite d’Italien en François. , françaisRéférence RIM : M0_1879. Cote locale : E_1_60.
page précédent(e)

page suivant(e)

-- 6 --

le Sieur Paluau d’vn Gouuernement, & luy
faire esperer vn Baston de Mareschal, pour vne action qui
meritoit, que Monsieur le Prince luy eust fait trancher la
teste ; (& ce dautant plus que le blasme en a réialy sur la personne
de son Altesse) s’il n’auoit suiuy les ordres de la Cour,
lors qu’il abandonna la place aux Enuemis.

 

Pour ce qui concerne Naples, on sçait de bonne part,
que l’Armement de vostre Armée Nauale fut long-temps
retardé. Que de dix mil hommes qui estoient dans la Prouince,
& qui n’ont seruy qu’à ruiner le Pays, le Prince Thomas,
quoy qu’il eust bon dessein pour vous suiuant l’ordre
de vostre conseil, que nous n’estimons autre que de
Mazarin, n’en feit embarquer que deux mil cinq cens,
qu’il perdit quinze iours à Thoulon, & vn mois a Piombino,
pendant lequel temps il enuoya son Aumosnier
au Comte d’Ognato pour luy faire sçauoir ses desseins, &
particulierement pour luy donner auis de la conspiration
infaillible, que les Napolitains auoient faite de s’emparer
du Tourion des Carmes, & le mettre entre les mains des
François. Que s’estant rendu maistre de l’Isle de Perfido,
qui commande le Golphe de Naples : Il laissa pour defendre
le Chasteau trois à quatre cens François, afin d’affoiblir dautant
son Armée. Quoy que les Habitans de cette Isle estans
affectionnez, il eust suffy d’y en mettre cinquante ou soixante.
Qu’ayant fait descente auec deux mil hommes seulement
au Port de Salerne, & ayant chasse quatre cens Espagnols
du poste de Vietry, il leua le Siege deuant cette
ville, sur le point que les Habitans tenoient conseil pour se
rendre, sans qu’il y eust aucune occasion qui l’obligeast à
faire cette retraite, que quatre-vingts ou cent Cheuaux
que Mazarin auoit dõne ordre de faire paroistre sur vne eminence,
pour faire accroire aux Troupes du Prince Thomas
qu’il arriuoit quatre mil hommes de Naples au secours de
cette place. Et pour mieux couurir sa trahison, ledit Prince
eut ordre de faire semblant d’auoir esté pressé de partir, &
d’y laisser trois canons, & quelque vingtaine de soldats,
bien qu’en ce temps tous les Habitans de Naples fussent en



page précédent(e)

page suivant(e)