Anonyme [1652], ADVIS SINCERE AVX BOVRGEOIS DE PARIS. , françaisRéférence RIM : M0_543. Cote locale : B_17_11.
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consequence, il se sert de l’entremise du Duc d’Orleans & du
Parlement. L’on s’y assemble, & l’on y expose, qu’encores que
le C. Mazarin soit hors du Royaume, neantmoins son esprit agit
auec autant d’authorité dans les Conseils, que s’il y estoit present :
qu’il ne s’y determine rien absolument que l’on n’en ait les resolutions
de sa part ; que pour remedier à ce desordre, il est necessaire
que les sieurs Seruien, le Tellier, de Lionne, & autres se retirent.
Aprés quelques instances, la Reyne Regente accorde
leur esloignement : Et à l’instant sa Maiesté fait reuenir le
Chancelier & le sieur de Chauigny dans le Conseil. Il y auoit
lieu de croire que ces personnages leur deuoient estre agreables,
par des raisons qui sont connuës. Neantmoins parce qu’ils ne
les ont pas proposé, ils murmurent de nouueau.

 

Pour ce qui est d’vn Gouuernement, le Prince de Condé n’en
trouue point de plus commode que celuy de Guyenne, Bordeaux
la capitale de cette Prouince, s’estoit desia sousleuée trois
fois, & la dernier en sa faueur : Les Deputez du Parlement de cette
Prouince en font instance. Ils le demandent. La Reyne s’y laisse
forcer malgré elle, pensent le satisfaire par cet accommodement.
Les équipages & les preparatifs pour l’entrée du Prince
dans son nouueau Gouuernement se font à Paris. L’on espere que
s’il ne demeure à la Cour content, qu’au moins il demeurera
dans cette Prouince, sur les reuenus de laquelle on proposoit
d’assigner ses pensions, & ce qui luy estoit deub, afin de l’obliger
dautant plus à la maintenir dans le repos, & dans le seruice du
Roy.

Mais le succez est tout contraire. Ce Prince se met ou fait semblant
de se mettre dans l’esprit, que lon le veut arrester. Il s’abstiẽt
pour ce suiet vn fort long-temps d’aller au Palais Royal.

Enfin, voyant qu’il ne pouuoit plus demeurer à Paris sans voir le
Roy, l’on suppose des embuscades de personnes armées qui deuoient
inuestir son Hostel, & le prẽdre de force. Pour preuenir cet
accident, il part du grand matin, & se retire à S. Maur des Fossez,
où vous sçauez, Messieurs, combien il fut visité. Souuenez-vous
des placards qui parurent lors tous les iours affichez aux carrefours
& dans les places publiques de vostre Ville, qui tendoient à
vous sousleuer en sa faueur. Souuenez-vous aussi comme ceux qui
faisoient effort de les oster, estoient traitez de Mazarins ; iusques
aux Magistrats, & autres Officiers de Iustice. Le Parlement s’assemble
plusieurs fois ; il reçoit des lettres de ce Prince, ils en fait



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